Chapada dos Veadeiros
Brasília — 20 octobre 2005 — printemps / min. 12, max. 32 °C, hum. 35 %, ensoleillé

Je m’excuse auprès de mon public adoré pour l’avoir laissé languir si longtemps : ce petit voyage a, en fait, été exécuté du 30 septembre au 2 octobre.

Manque de pot, le jour-même où je vous écrivais que le renversement de la mousson est un phénomène lent et progressif, qui est aussi la veille du jour où Ayla et moi devions nous rendre au parc national de la Chapada dos Veadeiros, un parc semble-t-il très dangeureux durant la saison des pluies, le jour-même donc où je vous disais à quel point c’est sec, j’ai eu droit à mon premier averse tropical.

J’insiste sur le tropical car a) c’est le genre d’averse qu’on reçoit une fois par trois ans sur Montréal, une espèce de blizzard liquide et b) l’adjectif tropical donne une vache de touche d’exotisme à absolument n’importe quoi — une tempête tropicale, une forêt tropicale, une ville tropicale, une maison tropicale, une salle de bain tropicale, une brosse à dent tropicale. Je déguste présentement une boisson tropicale (Fanta).

Une averse, donc, puissante (et tropicale) qui, même si elle ne durera qu’une heure et sera la seule pluie de tout le mois de semptembre, permettra à celui-ci d’exhiber néanmoins une moyenne de précipitations tout ce qu’il y a d’honorable.

Mais je digresse. On a décidé de faire le voyage quand même, puisque chaque report nous rapproche de la mousson et augmente nos chances de se faire emporter par un torrent lorsque finalement on va se décider à partir en camping.

Rodoviária

Tout voyage au Brésil commence à la rodoviária, le terminus d’autobus. Et comme Brasília se trouve au centre géographique du pays, donc à l’intersection de la route de partout et de la route d’ailleurs, la rodiviária est gigantesque, et monstrueusement confuse. La photo ne rend pas bien le fait qu’il y a des centaines de quais, des milliers d’autobus, et des dizaines de millers de passagers prêts à tuer pour être les premières en file.

(C’est sans compter ceux qui sont venus simplement pour manger des pastel (espèces d’empadanas frits et totalement pas bon pour la santé) et boire du jus de canne à sucre — en d’autres mots, manger du gras et boire du sucre, mais c’est délicieux.

Bien sûr, il n’y a aucune logique apparente à l’organisation du terminus, et certainement aucune administration centrale. Pour prendre un autobus, il faut d’abord savoir quelle compagnie offre le service vers la destination désirée (aucune idée comment on acquiert cette information), se faire indiquer leur guichet, le trouver, puis se faire indiquer le quai, et le trouver.

Voyage en bus sans histoire, si ce n’est qu’on n’a aucune idée où descendre. Un peu monotone, ce ne sont que champs rouges, savanes rouges, et des milliards de termitières rouges. Au fait, j’ai vu des billions de termitières depuis mon arrivée, mais je n’ai pas encore vu la moindre termite.

Re-manque de pot, tout juste une demi-heure après qu’on aie réussi à trouver un camping ouvert et à s’y rendre, et qu’on aie installé notre tente, une averse totalement imprévisible tombe (boum). Malheureusement, Ayla était si certaine que la tente était complète que l’on a pas vérifié qu’il manquait le double-toit.

Vitesse de réaction extraordinaire, en une minute les bagages et sacs de couchage sont à l’abris, à peine légèrement humides. Nous, par contre, sommes trempés et dégoulinants. Mais je ne voudrais pas vous inquiéter inutilement : durant la mousson sèche, une paire de jeans mal essorée sèche en quinze minutes sur un support à linge dans un appartement sans aération.

Assez palabré, je vous laisse faire le reste du voyage en photo.

Grand-place de São Jorge

São Jorge, la ville où est située l’entrée du parc national. Ici, la grand-place.

Rue de São Jorge

Une rue typique de São Jorge. Je voulais la photographier avec tous les poulets qui s’y trouvaient à notre arrivée, mais Ayla les as tellement épeurés, les pauvres, qu’ils ont fui dans la cours d’une maison et n’en sont jamais ressortis. Ayla s’est proposé de leur faire peur dans la cours avec l’espoir qu’il fuient dans la rue. Quelle cruauté.

Savane

Paysage typique de la savane. Ici par contre la terre est jaune — je crois que cette terre est plus fertile que la terre rouge.

Torrent

Végétation totalement atypique sur les rives d’un torrent.

Chute d'eau Afleurement

Malheureusement, le parc est beaucoup plus fréquenté que ce que j’aurais pensé, et nous n’avons pu appercevoir aucun animal sauvage autre que les mêmes oiseaux que l’on voit souvent à Brasília, des moustiques (vecteurs de quarante-huit millions d’infections débilitantes), des mouches noires miniatures, deux grenouilles, six millions de poissons et un toucan.

Grenouille dans le soulier de Ayla

Comme dans toutes les régions tropicales, il est primordial d’inspecter chaussures et vêtements avant de les enfiler, car araignées et scorpions venimeux peuvent s’y cacher. Il existe aussi au Brésil plusieurs espèces de grenouilles venimeuses et très dangeureuses. Celle-ci n’en fait absolument pas partie.

Au fait, j’ai finalement découvert mes oiseaux verts après quelques semaines de recherche. Il s’agit de perroquets de la familles des touis. Ils sont fous comme des balais et gueulent tout le temps. Je vous promets pour bientôt une page bien illustrée sur les oiseaux de Brasília — certains absolument fascinants, comme le tyran quiquiqui, un tout petit oiseau tout mignon au ventre jaune vif qui n’hésite pas à prendre en chasse des oiseaux dix fois plus gros que lui qui s’immisceraient sur son territoire.

Cependant, je ne peux résister plus longtemps à la tentation de vous montrer ceux-ci :

Deux hirondelles