Brasília !
Brasília — 8 décembre 2005 — printemps / min. 10, max. 23 °C, hum. 142 %, nuageux comme toujours

Bon. Brasília, contrairement à Rome, s’est construite en un jour. Ou à peu près.

Il y avait des projets de déménager la capitale du Brésil dans le gigantesque plateau du Planalto, au centre du pays, depuis le début du XIXe siècle

Mais ce n’est que lorsque Juscelino Kubitschek (Jota-Ka) est élu/nommé président en 1956 que le projet prend des airs de réalité, dans le cadre d’une ambitieuse politique de colonisation du Far-West. Si je puis m’exprimer ains.i

La construction début donc en 1958 au beau milieu de rien du tout, et 60 000 travailleurs mettant la main à la pâte, Brasília est inaugurée en 1960 sur la rive d’un lac qui n’existait pas avant.

C’est donc une ville où le hasard, la nature et la spontanéité n’ont pas eu leur mot à dire. Le « plan pilote », qui spécifie très exactement quels édifices doivent être construits où, a été dessiné par Lúcio Costa, et la vaste majorité des édifices publics, bâtis par le plus-que-célèbre Oscar Niemeyer.

Il semblerait que Niemeyer ait dit : « La ville moderne manque d’hamornie […] Cela ne fera jamais défaut à Brasília. »

Si Brasília ne manque pas d’harmonie, elle manque gravement d’humanité. Le concept de la ville prend pour acquis que chaque habitant possède une voiture. Les distances sont impossibles, les rues sont désertées par les piétons, et le magasinage n’est possible que dans les centres commerciaux.

John Dos Passos, un journaliste américain, écrivait déjà en 1962 : « There’s no way to see the town without a car. In Brasília, a man without a car is a secondclass citizen. The poorer inhabitants will have to grow wheels instead of feet. »

Permettez-moi de vous présenter brièvement la sutrcture et l’apparence de Brasília. Comme l’essentiel de cet article avait été écrit depuis mon ancien logement avant que mon ordinateur plante apportant tout le texte avec lui, je vais vous présenter un échantillon de mon ancien quartier.

Je profite aujourd’hui de ce que je n’ai rien à faire pendant une panne d’électricité (ma première à Brasília depuis mon arrivée) pour réécrire le bazar.

Brasília vue de l’espace

Le plan pilote de Brasília ! Il semblerait que la forme de la ville était censée représenter un oiseau, mais certains disent qu’il s’agit d’un avion. La plupart des guides touristiques la décrivent de toute façon comme un arc et une flèche, et certaines personnes parlent d’un papillon.

Les ailes du papillon contiennent essentiellement les aires résidentielles. Vous remarquerez que l’aile sud est plus développée. En effet, c’est au sud que les premiers bâtiments ont été construits, peut-être en raison de son relief plus facile.

Vers le centre, on croise d’abord le secteur hospitalier, puis le secteur commercial, puis le secteur hôtelier. Tout au centre, ce sont essentiellements les édifices du gouvernement.

Brasília, numérotation des quadrans

L’agrandissement de mon ancien quartier démontre le découpage de la ville en carrés (de 400 mètres de côté essentiellement). Les chiffres bizarres dans mon adresse qui semblent remplacer le numéro civique correspondent à un de ces carrés. En portugais les carrés s’appellent "quadra", en français, je les appellerai "quadran", même si ça n’a aucun rapport.

C’est somme toute assez logique, donc je crois que ça se passe d’explications. Les quadrans de la série 500 ne sont pas carrés. Ce sont les petits rectangles que vous voyez entre les 300 et les 700. C’est dans le quadran 303 que j’habitais avant.

Brasília, zonage des quadrans

C’est ici que ça devient intéressant. Vous voyez maintenant le très rigoureux zonage de chaque quadran. Mettez votre doigt sur un point d’une carte de Brasília et je vais vous dire très exactement ce qui se trouve là — une maison, un bloc appartement, un édifice public, un commerce, quel type de commerce même.

Pour votre plus grand bonheur, j’ai essayé de prendre quelques photos représentatives de chacun de ces types de secteur. En ordre alphabétique s’il-vous-plaît !

SC — secteur commercial
Brasília Shopping Patio Brasil

Centres commerciaux et bureaux. (Ici Brasília Shopping et Patio Brasil)

SCH ou SCR — secteur commercial et d’habitations
SCRS 503

Quincailleries, magasins de cochonneries, restaurants économiques, supermarchés, etc., avec apartements à l’étage. (Ici SCRS 503)

SCL — secteur commercial local
SCLS 103/104

Boulangeries, pharmacies, restaurants, boutiques de vêtements, laveries, etc., avec bureaux ou appartements à l’étage. (Ici SCLS 103/104)

SD — secteur des divertissements

Personne ne sait trop exactement. J’ai lu dans un livre qu’il y avait un cinéma à une certaine époque. À mon avis, le concept a foiré.

SGA — secteur des grandes aires

Écoles privées essentiellement.

SH — secteur hôtelier

Devine !

SHIG — secteur des habitations individuelles géminées
SHIGS 703 côté cours SHIGS 703 côté rue

La seule possibilité à Brasília-même de ne pas habiter dans un gros bloc appartement, mais je doute que ça en vaille la peine. Tout ça est clôturé au point qu’on se croirait dans un zoo. Cela dit je trouve que les rues ont un petit quelque chose de grec — peut-être les voitures sur les troittoires et les piétons dans la rue, ça c’est assez grec. (Ici, SHIGS 703)

SMH — secteur médico-hospitalier
Hôpital Sara Kubitschek

Les hôpitaux et cliniques publics sont principalement concentrés ici. (Ici l’hôpital Sara Kubitschek pour personnes handicapées je crois)

Il existe aussi, au bout de chaque aile du papillon, un secteur hospitalier local, qui contient tous les hôpitaux privés. J’aurai beaucoup à dire éventuellement sur les soins de santé privés. C’est vraiment, vraiment la grosse merde pour tout le monde. Si je peux me permettre un conseil, vous qui demeurez au Canada ou au Québec, prenez les armes contre la privatisation du système de santé, ce n’est pas exagéré.

SQ — superquadran

Le superquadran, c’est l’unité de base de la vie à Brasília. Un superquadran contient normalement, sur 16 hectares, dix édifices résidentiels à six étages sur pilotis ou vingt à trois étages, une école publique, une banque culturelle (espèce de dépanneur), un ou quelques petits parcs, et un mini-sytème routier à un seul point d’accès.

SQS 108 SQS 308

À gauche, l’entrée de SQS 108. Les édifices de SQS 107 et 108 ont été conçus par Niemeyer lui-même afin de définir ce qui devrait constituer le style de tout le reste de la ville. Ce sont donc les plus anciens édifices résidentiels de Brasília. À droite, SQS 308, que vous avez déjà vu si vous lisez assiduiment mon journal.

SQS 303 SQS 309

À gauche, SQS 303 bloc H, l’édifice où je demeurais avant. À droite, l’édifice de Ayla sert d’exemple pour le modèle le plus typique du bloc appartement sur pilotis.

SQS 303, banque culturelle SQS 303, école

Ici la banque culturelle et l’école de mon ancien superquadran.

SRT — secteur de radio-télévision

Dans ce secteur il y a des édifices reliés à la radio, et il y a aussi des édifices reliés à la télivision. En plus, il y a des antennes.

EQ — entrequadran

Un autre concept intéressant. Bien que essentiellement il y ait une rue qui sépare chaque quadran, certaines de ces rues sont bloquées à certaines intervalles pour laisser la place a quelque édifice d’intérêt public ou parc.

Concernant les rues est-ouest, l’interruption est systématique à un quadran sur deux (regardez l’image satellite attentivement) et est remplacée le plus souvent par un bâtiment religieux.

EQS 303/304, église catholique EQS 309/310, église protestante

À gauche, EQS 303/304, l’église catholique la plus près d’où j’habitais avant. À droite, EQS 309/310, un exemple extrêmement rare d’église protestante présentant une architecture intéressante. Comme on le sait, les protestants préfèrent généralement s’éloigner des valeurs purement terrestres comme l’art, la culture ou la science.

Mention légale : Les images satellites présentées viennent de Google Earth.